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Les galères « a sensile »  Coupe |
C'est à Gênes, tout à fait à la fin du XIIIe siècle, que Benedetto Zaccaria aurait eu l'idée, pour simplifier la vogue (c'est-à-dire la manière de ramer), de reporter le point d'appui des rames du bordé à une poutrelle parallèle, l'apostis, solidement maintenue à environ 1,40 m à l'extérieur par des bacalats. Cela permettait d'asseoir sur un même banc, légèrement incliné par rapport à l'axe, trois hommes maniant chacun sa rame ; seule la longueur du manche entre l'apostis et le rameur variait, mais on rétablissait l'équilibre en alourdissant les manches plus courts avec du plomb. Cette invention marqua une rupture complète avec les systèmes de vogue de l'Antiquité, où le report des scalmes vers l'extérieur n'a jamais existé que pour une seule rangée de rames.  Galère à sensile |
Ces galères, dites à sensile (simples), étaient faciles à manœuvrer, à condition d'avoir des rameurs bien entraînés. Elles firent leurs preuves très rapidement : à la tête de soixante-dix-huit unités construites à la hâte, le capitaine général génois Lamba Doria écrasait, le 7 septembre 1298, à Curzola, dans l'Adriatique, la flotte vénitienne (composée de quatre-vingt-dix-huit galères de l'ancien type) commandée par Andrea Dandolo.  Vue de l'avant |
Désormais, toutes les galères de Méditerranée (y compris les turques) furent de ce modèle, et, pendant les deux siècles suivants, il n'y eut que des modifications de détail : remplacement des avirons de gouverne latéraux par le timon à la bayonnaise, tenu par des ferrures au milieu de l'étambot et manœuvré par une barre encastrée sur sa tête et répondant plus rapidement ; amélioration de la voilure par l'adjonction, sur l'avant, d'un second mât, l' arbre de trinquet (le vocabulaire utilisé à propos des galères est très différent de celui des vaisseaux), qui permettait, en jouant sur les écoutes des deux voiles, d'améliorer la tenue de route tout en augmentant la vitesse. Les Turcs et les Vénitiens n'adoptèrent ce système que beaucoup plus tard ; ils tenaient en effet à pouvoir « désarborer » (c'est-à-dire amener le mât et le ranger dans l'étui que forme l'intérieur de la coursie) très rapidement quand il leur fallait ne pas être repérés. | |